Maison & Sécurité

Protéger sans transformer son salon en bunker

Poser une caméra qui filme chez le voisin est illégal

Avatar de Gaël Tourneur

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Installer une caméra pour surveiller sa porte d’entrée semble anodin. Le problème apparaît rarement au moment de l’achat, mais au moment du réglage : un champ de vision un peu trop large, et l’objectif cadre aussi le jardin voisin, une fenêtre, ou le trottoir où passent des inconnus chaque jour.

Le champ de vision s’arrête à sa propre propriété

La règle est simple à énoncer, plus délicate à respecter en pratique : une caméra installée par un particulier ne peut filmer que l’espace privé qui lui appartient — l’intérieur du logement, le jardin clos, l’accès privé. Dès que l’image déborde sur la parcelle du voisin ou sur la voie publique, même partiellement et même sans intention de surveiller qui que ce soit, l’installation sort du cadre autorisé pour un particulier.

Selon la CNIL, un particulier peut filmer l’intérieur de sa propriété — logement, jardin, accès privé — mais n’a pas le droit de filmer la voie publique, y compris pour surveiller un véhicule garé devant chez lui.

Ce principe est détaillé sur la page de la CNIL consacrée à la vidéosurveillance chez soi, qui précise aussi les recours possibles pour la personne filmée à son insu.

Ce que « espace public » recouvre en pratique

La notion déborde largement le trottoir. Une rue, une place, un chemin ouvert à tous, mais aussi la partie commune d’une copropriété ou d’un lotissement, entrent dans cette catégorie. Une caméra de portail légèrement mal orientée, qui capte quelques mètres de rue au passage, pose déjà problème — indépendamment de la bonne foi de celui qui l’a installée.

Informer les personnes filmées, même chez soi

Dès qu’une caméra peut filmer des personnes extérieures au foyer — un livreur, un visiteur, un artisan — la règle veut que leur présence potentielle soit signalée, par exemple via un simple panneau à l’entrée du terrain. Ce geste, souvent négligé, fait partie des obligations qui accompagnent l’installation d’une caméra dès qu’elle sort du strict cercle familial.

Une durée de conservation, pas un enregistrement permanent

Les images captées n’ont pas vocation à s’accumuler indéfiniment sur un disque ou dans le cloud. Une conservation limitée dans le temps, réutilisée en boucle sauf incident précis, correspond à l’esprit du texte : la caméra sert à constater un fait ponctuel, pas à constituer une archive permanente de ce qui se passe devant chez soi. Cette logique de conservation limitée rejoint des principes plus larges sur la gestion des données personnelles, que nous détaillons du côté de notre rubrique informatique et données.

Que faire quand c’est le voisin qui est concerné

La situation la plus fréquente n’est pas celle d’un différend hostile, mais d’une caméra installée sans y penser vraiment, dont l’angle déborde par accident sur une fenêtre ou une terrasse voisine. Dans ce cas, une discussion directe suffit le plus souvent à obtenir un réajustement du cadrage, ou l’installation d’un cache-vue simple sur la partie de l’objectif concernée. Quand aucun dialogue n’aboutit, les recours restent les mêmes que pour toute atteinte à la vie privée : signalement à la CNIL, à la gendarmerie ou à la police municipale, voire au procureur de la République pour les cas les plus marqués.

Le bon réflexe reste le cadrage

Avant de fixer définitivement une caméra, mieux vaut vérifier l’image obtenue une fois l’appareil en place, de jour comme de nuit, plutôt que de se fier à l’angle supposé au moment de la pose. Un cadrage resserré sur sa propre entrée protège son logement sans empiéter sur celui du voisin — et évite un différend qui, la plupart du temps, aurait pu être réglé par quelques centimètres d’orientation en moins.


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